Billet d'humeur :
Une décennie marquée par la communication plutôt que la vision
Maire depuis 2014, Jean-Luc Moudenc a lancé à l’occasion de ses 10 ans de mandat une grande campagne de communication qui ressemble davantage au lancement de sa campagne électorale en vue des élections municipales de 2026 qu’à un bilan de ses réalisations.
La politique du coucou pour masquer un manque de vision
Si rendre compte de son bilan aux Toulousaines et Toulousains est non seulement louable, mais obligatoire, cet exercice requiert un minimum de transparence. Car à y bien regarder, les quelques 200 projets réalisés ou en cours qu’il met en avant ne relèvent pas uniquement de son action. Une grande partie a été engagée par l’équipe précédente, de 2008 à 2014, et seulement inaugurée par ses bons soins, art dans lequel il excelle. D’autres sont des projets, portés par d’autres acteurs, pour lesquels la mairie n’apporte qu’une subvention…
Piétonnisation du centre-ville, Grand Parc Garonne, Eco-quartier de la cartoucherie, TELEO, ou encore le Métronum et les Halles de la Machine font partie de ces projets dont il s’attribue sans vergogne la seule paternité… Autant de réalisations qui ont été construites avec du sens, à partir d’une véritable vision de la Ville et de la Métropole, sans être guidé par l’opportunisme. Mais qui n’ont que très peu à voir avec les projets initiaux de Monsieur Moudenc.
Au final, le seul projet conséquent porté par le Maire/Président est celui de la 3 ème ligne de métro, promise en 2014, puis en 2020… puis en 2026 pour une mise en service au mieux en 2030.
La suite est incertaine et provoque en moi de nombreux sujets d’inquiétude :
Mobilités : Certes, Toulouse aura – un jour ! – sa 3 ème ligne de métro , mais elle ne répond pas aux urgences de mobilité d’une ville qui s’enkyste dans les bouchons. D’autres projets sont nécessaires, comme la création d’un RER Métropolitain qui apportera des solutions aux milliers de voitures qui s’agglutinent sur les rocades. Rappelons que le Plan de Déplacement Urbain (PDU) qui structure la politique des transports a été annulé… Pour manque d’alternatives à la voiture.
Urbanisme : Depuis 10 ans, la ville est livrée aux promoteurs. Certes, ils sont des acteurs incontournables avec lesquels il faut construire la ville, mais c’est à la collectivité de porter une vision et de donner des orientations pour une ville qui se développe harmonieusement, en centre-ville, mais aussi dans les faubourgs et les quartiers. Une vision et une maîtrise pour que partout, la construction de logements soit accompagnée d’équipements publics, de culture, d’espaces verts, de services. Pour des quartiers accessibles en transports en commun et en modes doux. Et pour développer une politique cohérente en termes d’urbanisme, une ville doit maîtriser son foncier… Or, depuis 10 ans, nous assistons à une vente « par petits bouts » de notre territoire : l’ancien cinéma des Nouveautés, les Halles de la Cartoucherie, l’espace culturel Croix Baragnon, l’Hôtel de Lestang, ZAC Guilhemery…et dans les mois qui viennent la Caserne Vion.
Culture : beaucoup là encore de communication, mais la réalité, c’est la baisse des subventions, l’abandon de la Maison de l’image, de Mix Art Myrys, l’abandon de l’auditorium qui était pourtant une promesse de campagne…. Sans compter le fait que les projets culturels sont inexistants dans les nouveaux quartiers, comme ce fut le cas autrefois avec le Métronum à Borderouge, la biblothèque Grand M au Mirail ou la halle de la machine à Montaudran. On sait pourtant à quel point la culture est facteur de cohésion sociale, à quel point nous en avons besoin dans cette période chargée de tensions.
Enfin en termes de transition climatique et de nécessaire rafraichissement de la ville, il est
temps d’aller au-delà d’une succession de mesurettes et d’adapter durablement notre territoire eux enjeux du réchauffement. En engageant par exemple des actions cohérentes et coordonnées de débitumisation sur l’espace public, dans toutes les écoles, à l’échelle des
quartiers et des faubourgs. La gestion d’une ville ne peut se réduire à mon sens à une succession de projets ponctuels, mais doit s’inscrire dans une stratégie globale, prenant en compte les enjeux du quotidien de chacune et chacun, tout en préparant l’avenir. Cette dimension manque cruellement à l’actuel maire de Toulouse.