L'alimentation : un enjeu crucial.
Laissés seuls face à un système agricole et agroalimentaire soumis aux lois du marché, qui ne permet pas pour une large part d’entre eux de vivre dignement, les agriculteurs ont laissé éclater leur colère ces dernières semaines. Le mal être de toute une profession s’est fait ressentir alors que la situation couve depuis des années.
La distribution alimentaire en grande partie aux mains de groupes financiers les contraint à des revenus indécents de plus en plus insuffisants pour vivre. La course à la concentration des fermes agricoles les éloigne également d’une agriculture raisonnée et humaine.
Face à une politique agricole productiviste, qui favorise les exploitations les plus importantes (80% des aides européennes sont versées aux plus riches exploitants) et au libre-échange, l’enjeu majeur réside dans notre capacité à proposer un autre modèle agricole. Notre cap doit être clair, promouvoir une agriculture paysanne, respectueuse de l’environnement. La France doit travailler à sa souveraineté alimentaire, et doit garantir l’accessibilité à une alimentation saine.
Les crises écologiques et économiques nous imposent d’engager des politiques de transition écologiques et sociales.
- Au niveau européen tout d’abord en refusant les traités de libre-échange qui laissent entrer des produits moins disant sur le plan social et environnemental.
- Au niveau national ensuite en interdisant la vente à perte par la fixation de prix planchers en dessous desquels les transformateurs ne pourront pas acheter la matière première. Et en renforçant les aides à l’installation pour les jeunes agriculteurs, mais aussi pour réussir leur transition. Sans oublier l’accompagnement à une agriculture qui respecte notre environnement et la santé des agriculteurs.
- Enfin au niveau local, notamment en structurant et sécurisant des filières locales par la commande publique et en soutenant les initiatives alimentaires.
Car l’alimentation représente un enjeu crucial à la croisée de la santé individuelle et collective, du pouvoir d’achat et de la qualité de vie des citoyens. La façon dont nous nous nourrissons impacte non seulement notre bien-être physique et mental, mais aussi notre capacité à accéder à des aliments sains et nutritifs sans compromettre notre budget.
Sur le plan de la santé, une alimentation équilibrée et variée est essentielle pour maintenir un corps en bonne santé, prévenir les maladies chroniques telles que l’obésité, le diabète et les maladies cardiovasculaires, et renforcer notre système immunitaire. Les choix alimentaires influencent directement notre niveau d’énergie, notre concentration, notre forme physique et notre longévité. Une alimentation déséquilibrée peut avoir des conséquences néfastes à long terme sur notre santé et sur les systèmes de santé publique.
On sait que l’accès à une alimentation de qualité se heurte souvent à des contraintes financières. Les inégalités sociales et économiques limitent la capacité des personnes à se procurer des aliments frais, locaux et nutritifs. Les aliments transformés et bon marché, souvent riches en sucres, en graisses saturées et en additifs, deviennent alors des solutions de repli accessibles, malgré leur faible valeur nutritionnelle.
Face à ces enjeux, Toulouse a un rôle primordial à jouer pour promouvoir une alimentation saine, équilibrée et accessible à tous. Il s’agit d’un enjeu de transition écologique, d’une nécessaire coopération avec le monde agricole, d’un défi énergétique, de lutte contre la précarité, de maintien de lien social et de ce terme parfois galvaudé de vivre ensemble. Et les leviers sont nombreux : favoriser le bio et les circuits courts, agir sur la politique foncière, la commande publique, la restauration scolaire, intervenir sur l’ensemble de la filière alimentaire -de l’agro écologie à la réduction des emballages – investir le champ de la démocratie alimentaire, soutenir les tiers-lieux nourriciers… J’aurai l’occasion de revenir plus en détail sur le champ des possibles !
Toulouse peut être à l’initiative d’une puissance publique en partenariat avec les autres collectivités territoriales, avec les hôpitaux et tous les acteurs de l’alimentation pour faire des agriculteurs des acteurs majeurs afin que nos territoires soient au rendez-vous des défis écologiques, économiques et sociaux qui manquent cruellement dans nos perspectives d’avenir.