Sécurité à Toulouse : la caricature n'est pas à la hauteur de la situation
Il y a quelques jours Jean-Luc Moudenc a fait de la sécurité son thème principal de rentrée. Sur un sujet aussi sérieux, complexe et important, la caricature et les jugements à l’emporte-pièce y compris de certains de ses adjoints ne sont pas à la hauteur de la situation.
La sécurité mérite en effet humilité et sérieux et une communication outrancière ne saurait cacher la gravité des situations.
Ce qui est dangereux, ce sont les anathèmes, les chiffons rouges et les peurs sur lesquelles joue le Maire de Toulouse, avec notamment sa réaction indigne face à la mort d’un agent public à Grenoble en laissant penser que cette mort est de la responsabilité de la gestion municipale. Il jugerait lui-même indécent notre attitude si nous le mettions en cause lorsque malheureusement nous assistons à des morts par balle dans différents quartiers de notre ville.
Jean-Luc Moudenc pratique depuis 2014 la politique du chiffre, celle du nombre de caméras de vidéosurveillance, de policiers municipaux, de verbalisations et autres interpellations.
Mais c’est l’insécurité qu’il faut analyser. Objectivement et sans concession. Or, force est de constater que depuis 2016 les trafics de stupéfiants et les violences sexuelles ont doublé et les coups et blessures volontaires ont augmenté de 33% sur la même période pour ne citer que ces indicateurs…qu’il omet d’indiquer.
Et les procès d’intention à l’égard de la gauche et des écologistes sont caricaturaux.
Je soutiens bien sûr la demande de policiers nationaux supplémentaires, dont aujourd’hui le nombre n’est pas celui qui était attendu.
Je soutiens également nos policiers municipaux qui font un travail de terrain au plus près des citoyens et qui remplissent un rôle essentiel de proximité.
Mais créer des ambiguïtés entre police nationale et municipale, notamment en demandant un élargissement de leur compétence mettra en danger nos agents et ne réglera pas une grande partie de l’insécurité de notre ville.
Une politique essentiellement basée sur la répression n’est pas la réponse adaptée et ne résout pas les problèmes de fond qui alimentent la délinquance et les violences. Une politique efficace doit allier prévention et répression. Outre la collaboration indispensable entre police municipale et police nationale, la sécurité repose donc sur un triptyque indispensable : prévention, médiation et partenariat police-justice.
La Prévention : agir en amont des problèmes
La prévention est le premier levier pour réduire durablement l’insécurité, pour anticiper et empêcher l’émergence de situations conflictuelles ou criminelles, en agissant directement sur les causes profondes d’inégalité sociale, de troubles de la santé mentale et d’inadaptations sociétales.
L’éducation populaire, la vie associative sportive et culturelle mais aussi l’école et le périscolaire doivent redonner du sens à l’intérêt général et au respect de l’autre. Le besoin de services publics et d’égalité mais aussi la reconnaissance de tous les citoyens sans discrimination sont indispensables pour apaiser et faire baisser cette violence qui gangrène notre société.
La Médiation : maintenir le lien social
Un autre élément essentiel de cette stratégie de sécurité repose sur la médiation, pour désamorcer les conflits avant qu’ils ne dégénèrent. Un service public de médiation, composé de professionnels formés, pourrait intervenir dans les quartiers les plus sensibles ou lors de situations tendues, pour faciliter le dialogue et éviter l’escalade de la violence. J’en suis convaincue, les médiateurs, ont une proximité et une légitimité qui leur permet de comprendre les dynamiques locales et de renouer le dialogue entre habitants, familles, commerçants ou encore les jeunes. Eriger la médiation en service public doit être une priorité, avec le recrutement d’éducateurs spécialisés.
Un partenariat police-justice : garantir l’efficacité de la réponse
Enfin, le troisième pilier de ce triptyque est un partenariat renforcé entre la police et la justice. Pour que la sécurité soit réellement assurée, il est indispensable que les forces de l’ordre et les instances judiciaires coopèrent de manière fluide et rapide.
La lutte contre les trafics de stupéfiants par exemple, ne peut être efficace sans une coordination étroite entre la police nationale et les services judiciaires. Il est donc essentiel de clarifier les rôles : la police municipale, en tant qu’acteur de proximité, peut assurer une présence dissuasive et une action de prévention, alors que la police nationale doit se concentrer sur des missions d’enquête plus lourdes et complexes. Une coordination renforcée avec les parquets et les magistrats spécialisés permettra d’apporter une réponse adaptée à la gravité des faits et à leur récurrence, tout en évitant les ambiguïtés les chevauchements de compétences. La police, essentielle dans la République ne doit pas être seule et sans cadre.
Menons un débat de fonds avec sincérité et conviction plutôt que brandir un plan de com qui caricaturise de façon stérile l’opposition.